Vincent Bailliez

A propos

L’essentiel de mon travail emprunte les voies de la peinture et du dessin. Depuis mes années de formation jusqu’en 2008, j’ai développé une pratique picturale alternant de grands et petits formats. Le paysage était alors une préoccupation, un motif récurrent. Je travaillais dans un atelier, transportant un imaginaire, un système de référence inhérent à cette pratique. Je privilégiais les grands formats, je travaillais la surface, le geste, la trace. La peinture a constitué pour moi un espace d’expérimentation pour construire un langage que j’espère le plus personnel possible mais aussi un espace d’initiation pour me construire en tant qu’artiste, m’appuyant sur des figures, des peintres dont le travail me séduisait, voir même constituait des énigmes, moteur de création. J’avais donc un œil sur l’abstraction américaine de Pollock à Sam Francis en passant par les surréalistes ou des artistes contemporains tels que Dominique Gauthier ou Philippe Mayaux.

En 2008, j’ai pris un autre chemin, celui du dessin. Cela constituait jusqu’alors une forme de pratique annexe, dans des carnets, sans intention de montrer ces travaux. J’ai commencé à travailler chez moi, quittant cet univers de peinture. J’ai trouvé alors une forme de légèreté. Le papier, l’encre m’amenaient à travailler des questions essentielles telles que l’équilibre du blanc et du noir, l’importance des supports (la trame et l’épaisseur du papier) et de la composition. Je recherche une forme d’immédiateté, de réactivité dans la réalisation de mon travail plastique, le dessin me le permet par son économie de moyen notamment.

Cette pratique du dessin vient donc se nouer à un ensemble de préoccupations. En choisissant d’utiliser le terme de « nouer », je viens d’ailleurs signifier que pratique et concept sont intiment intriqués. Je pars volontiers  d’une forme, d’une trace, d’une tâche pour donner cours à mon imaginaire sans ligne prédéfinie. Le travail conceptuel vient au fil du dessin par les multiples choix que je suis amené à faire. Le regroupement par série, les choix des titres, d’encadrements participent à donner une lisibilité à mon travail.

Je cherche à mettre en avant la complexité des liens entre l’intime et l’Histoire, entre le perceptif et l’imaginaire. Je m’intéresse à la question de la narration, par le trait. J’use d’une forme d’association libre pour construire des histoires absurdes, des représentations de fêtes orgiaques, de paysages en proie à  de terribles conflits ou désastres, de scènes où le grotesque se déploie.

Le rapport de l’homme avec son environnement est une de mes préoccupations. Je pointe les vices et travers des hommes dans son combat pour survivre. Je décris la dérision de sa résistance, je scénarise des histoires où la dualité entre l’homme subissant son environnement et celui l’exploitant jusqu’à plus soif. Je trouve  dans les contes pour enfants cette dualité, cette complexité. Je porte également un regard du côté des œuvres de Bruegel, de Bosch ou d’artistes contemporains tels que Philippe Favier ou Ricardo Lanzarini…