Christophe Faso

A propos

« Le papier blanc, Christophe Faso l’entaille à grand coup d’encre noire ! Apparaissent alors, non pas de
délicates lignes, mais des silhouettes toute entière, ponctuées de rouge, de jaune, de bleu. Trois couleurs que
l’artiste dépose en aplat et avec lesquelles il crée, à l’envie, une danse aussi sensuelle qu’inquiétante.
Les estafilades encore vibrantes agencent l’espace, le délimitent et laissent transparaître le geste de l’artiste.
L’intuition guide le pinceau. Christophe Faso lui en a donnée l’autorisation. Après tout, il a déjà son idée en tête, il a
aussi à l’esprit ses croquis, répertoire de poses tirées du quotidien qu’il décline, adapte et refaçonne si nécessaire. Il
lui arrive de s’enticher de certaines d’entre-elles. Ses favorites. Celles qui attisent sa créativité. Elles résonnent à
travers son travail et se rient du temps. Ainsi on redécouvre au gré de ses peintures certains profils. Ces ombres sont
des bribes de personnages. Rarement employées seules, elles fusionnent et cohabitent au sein d’une même image,
acceptant volontiers la compagnie de mains disproportionnées. Les nez deviennent becs, les mains deviennent ailes,
les personnages s’envolent.
Leur multitude est visible dans la toute récente Amis, nous venons en amis. Leur caractère métamorphe quant à lui
s’esquisse dans French cancan et atteint un stade nouveau avec Les vivants. Ici, silhouette et épaule s’entremêlent.
Émerge alors une figure siamoise particulièrement troublante qui nous suggère un personnage double par la forme et
par l’esprit. On l’imagine à la fois lui-même et « autre », partagé entre deux polarités. Puisque l’actualité parfois
cruelle l’oblige à poser sur l’homme un regard interloqué, Christophe Faso le questionne. Les titres agissent de
concert avec la poétique violente des œuvres et révèlent l’ambiguïté de l’être humain, sa capacité du meilleur comme
du pire. Le rouge n’est plus simplement la couleur de l’amour mais aussi celle du sang, le bleu n’évoque plus
uniquement la tranquillité du ciel mais également la sinistre puissance de la mer, le jaune altère le blanc du papier
tandis que les traits noirs l’écorche.
Pourtant, on décèle par ailleurs de l’espoir. Les images du peintre conservent une fragilité. Est-ce par empathie ?
Très certainement. Il n’en va pas autrement lorsqu’on contemple l’empreinte, même d’un autre, qui témoigne d’une
histoire passée. Il suffit de prêter attention à ces sombres visages pour croiser leur regard. Soudain, ils s’humanisent.
L’ectoplasme tenant un crâne de Sea of love se transforme en mère portant son enfant, elle est désormais vêtue d’un
long manteau bleu qu’une main protectrice presse contre son corps. L’artiste puise dans ce que lui offrent les médias,
il ne s’y cantonne pas. Les évènements du quotidien, observés ou vécus, font partie de ses sources d’inspiration.
L’art permet de les condenser et de rêver des créatures androgynes, peut-être plus aptes à traduire les paradoxes qui
nous hantent. »

Boris Marotte