Leïla Rose Willis

A propos

“Née à Montpellier en 1982, j’ai grandi à la campagne dans un milieu artistique et multiculturel, trois bases fortes qui nourrissent ma démarche depuis toujours et se retrouvent dans mes œuvres. Durant mes années d’études aux Beaux-arts, j’ai changé d’école et de région, allant de Rueil-Malmaison à Rennes. Ce besoin constant de déplacement se manifeste également par de nombreux voyages à l’étranger (Japon, Mexique, Islande, Europe, Amérique du nord et du Sud…) qui nourrissent mon travail et mes réflexions, démultipliant les points de vue.

En 2005, ma rencontre avec le Japon me marque profondément et durant plus de 10 ans j’explore les possibilités du papier, m’inspirant de l’art de l’origami pour créer des installations se déployant au sol. En parallèle, l’encre de chine s’impose à moi dans une pratique concentrée du dessin. Peut-être à la recherche d’une forme d’ubiquité, je n’ai de cesse de tisser des liens, faire des ponts entre les cultures, les ressentis et les rencontres.
Sensible à l’impermanence des choses, mes productions, dessinées ou sculpturales, sont le fruit de paysages éprouvés physiquement et de réflexions directement liées à mes sensations.

J’aborde les thèmes du paysage, de l’insularité, du littoral, ou de la frontière à travers la répétition d’un geste ou d’un mouvement, dans une constante recherche du trait faisant écho au langage, à l’écriture. En filigrane, la présence humaine fait surface à travers l’architecture ou à travers les conséquences de ses actions, tout en étant toujours traitée de façon sensible et poétique. Les formats se déploient à échelle humaine, en rapport direct avec la main. Préoccupée par des questionnements écologiques, et influencée par l’Arte Povera, je favorise l’utilisation de matériaux légers, recyclables, périssables. Je les détourne de leur usage premier pour créer des paysages ou des énigmes parfois proches de l’abstraction. Les pièces traduisent des organismes et des rythmes plutôt que des représentations du monde. Le spectateur est invité à une promenade mentale, poétique ou critique se déployant sur plusieurs strates de lecture. Suite à plusieurs résidences, immergée en milieu naturel, je m’oriente vers des matériaux bruts tels que le sel, la cire, les cheveux.

L’eau reste néanmoins le fil conducteur, l’élément métabolique faisant résonner l’homme avec le paysage. Elle matérialise la circulation des idées, des savoirs, des échanges et multiplie les points de vue. Son mouvement incessant se marie à celui de mes errances, et reflète une quête de soi. « Comme une eau, le monde vous traverse, et, pour un temps vous prête ses couleurs. Puis, se retire, et vous replace devant ce vide qu’on porte en soi, devant cette espèce d’insuffisance centrale de l’âme qu’il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement est peut-être notre moteur le plus sûr. » L’usage du monde – Nicolas Bouvier”